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Pourquoi l’inflation est-elle plus faible en France ?

Pour faire face à la crise énergétique, la France a pu compter sur son parc nucléaire et a mis en place une série de boucliers tarifaires pour plafonner l’inflation.

Les prix de l’énergie, qui ont grimpé en flèche à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février, ont continué de peser sur les chiffres de l’inflation. La hausse des prix à la consommation en France s’est accélérée en juillet pour atteindre 6,1 % en glissement annuel, soit le taux le plus élevé depuis 37 ans. Mais ce record est également parmi les plus bas d’Europe. Pourquoi le pays s’en sort-il mieux que ses voisins ? Voici quelques explications.

Une inflation à deux chiffres presque partout

Les chiffres donnent un net avantage à la France. Selon l’indice harmonisé IPCH d’Eurostat, qui permet de comparer les pays européens, l’inflation était de 6,8 % en juillet. Seul Malte a fait mieux dans la zone euro avec 6,5%, tandis que l’Allemagne a enregistré 8,5%, l’Italie 8,4% et l’Espagne 10,8%.

La situation est très hétérogène sur le continent : plus de la moitié des 19 pays de la zone euro connaissent une inflation à deux chiffres, comme les Pays-Bas (11,6%) quand il ne s’agit pas d’une explosion pure et simple comme en Estonie et en Lettonie avec 22,7% et 21%.

La principale raison de cette hausse des prix est l’énergie, qui a augmenté de près de 40 % depuis un an, selon Eurostat, conséquence directe de l’invasion russe en Ukraine et d’une forte reprise économique post-Covid-19.

Remise à la pompe, prime d’inflation…

“La France a été l’un des tout premiers pays à agir” contre la hausse des prix, note Hélène Baudchon, responsable de l’équipe OCDE au sein de la recherche économique de BNP Paribas. Face à une flambée des prix à partir de l’automne 2021, le gouvernement a imposé en novembre un gel des prix du gaz et un plafonnement à 4% des prix de l’électricité, sous le nom de “bouclier tarifaire”.

D’autres mesures ont suivi, rabais à la pompe, prime d’inflation… dont le coût total a été estimé à 45,5 milliards d’euros par le gouvernement dans son programme de stabilité présenté en juillet.

Les derniers calculs de l’Insee montrent que les mesures ciblées contre la hausse des prix de l’énergie ont permis de ralentir la progression de l’inflation de 1,5 point en avril et de 2 points en mai.

Le nucléaire, un atout français

Le Fonds monétaire international a également donné de bonnes notes à la France ces derniers jours. Un document de travail montre que les dépenses supplémentaires des ménages français augmenteront moins cette année que celles de tous ses voisins européens, à l’exception de la Hongrie.

L’institution basée à Washington note également que ces dépenses supplémentaires toucheront presque également les 20 % les plus riches et les 20 % les plus pauvres, loin de ce qu’elle prévoit pour une partie de l’Europe, notamment l’Italie, le Royaume-Uni et les Pays-Bas.

La France a été moins touchée par la flambée des prix du pétrole et du gaz parce qu’elle dispose d’électricité d’origine nucléaire : le pétrole et le gaz naturel représentaient 45 % de ses besoins en 2020, contre 41 % pour le nucléaire. Dans le même temps, l’Allemagne dépendait des hydrocarbures à plus de 60 %, l’Espagne à plus de deux tiers et l’Italie à 73 %, selon Eurostat.

Les composantes de l’indice d’inflation en France montrent également que l’énergie pèse moins que chez ses voisins : à 10,3 pour cent, contre 12,1 pour cent en Allemagne ou 14,5 pour cent pour la Pologne. Logiquement, lorsque les prix de l’énergie augmentent, cela a moins d’impact sur les statistiques françaises.

“Le coût budgétaire peut devenir énorme
“Jusqu’à un certain point, l’utilisation de l’outil budgétaire pour contrer l’inflation a une logique”, note Philippe Martin, président du Conseil d’analyse économique, notant que la France en profite pour gagner en compétitivité.

“Mais cela n’a de sens que si l’inflation est temporaire car le coût budgétaire peut devenir énorme”, ajoute-t-il, précisément au moment où le gouvernement veut montrer son sérieux budgétaire à Bruxelles. Le gouvernement espère une accalmie des prix d’ici la fin de l’année et l’issue de son bouclier tarifaire.

“Si le choc se prolonge, ce qu’il faut recalibrer, c’est le ciblage” vers les plus modestes et vers les prix de l’énergie, alors qu’actuellement les mesures visent une large population, préconise Hélène Baudchon.

La question pourrait devenir d’autant plus pressante que la France connaît actuellement une forte hausse des prix de l’électricité sur les marchés en vue de l’hiver prochain, par rapport à ses voisins, alors que la moitié de ses 56 réacteurs nucléaires sont à l’arrêt pour des opérations de maintenance ou des problèmes de corrosion.

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